18/01/2009

Les décisions en santé publique ont toutes une histoire … et faut-il des victimes pour faire un scandale et combien ?

La désinfection des sondes d'échographie endocavitaire (vaginales, rectales et trans-oesophagiennes) a fait l’objet d’une conférence de presse vendredi 16 janvier, en présence de praticiens de l’échographie, médecins hygiéniste et microbiologiste, de responsables du pôle hygiène aux  Centers for Disease Control and prevention – USA – de passage en Europe, faisant souvent référence sur les questions d’hygiène,   et de membres du LIEN.

Depuis un an, le LIEN demande des garanties sur un avis technique émis par le Haut Conseil de la Santé Publique sur ce sujet ; cet avis ouvre une brèche sur le principe de désinfection exigé jusque là  dit  «  de niveau intermédiaire » de ces sondes, c'est-à-dire une procédure qui détruise les mycobactéries, les petits virus et virus non lipidiques et les fungi ou champignons ; il propose une alternative sans apporter de garanties sur le même résultat en termes de risques infectieux.

Si, d’emblée, lorsque les praticiens ont demandé la reconnaissance des compétences requises pour réaliser des échographies endocavitaires rectales ou vaginales  et développer une nouvelle clientèle, les autorités avaient exiger le respect des procédures de désinfection telle qu’elles ont été  définies , la polémique d’aujourd’hui  n’aurait pas de place.

C’est bien parce que la procédure de désinfection de niveau intermédiaire n’est pas respectée du fait de ses contraintes, par bon nombre de praticiens qu’il a fallu chercher une alternative pour limiter les risques infectieux des échographies endocavitaires. La proposition en elle-même est une proposition consciente des réalités de terrain. Elle est louable, mais aucune alternative, aucun compromis ne sauraient être avancés sans offrir de garantie aux patients, c’est à dire sans études sérieuses, publiées ou publiables,  sur la fiabilité de la procédure proposée.

Jusqu’à cet avis, la désinfection des sondes d’échographie interne entre deux examens, hommes ou femmes, devait se pratiquer par immersion dans un bain chimique afin de réduire les risques de contamination entre deux patients.

L’alternative proposée aujourd’hui est de protéger la sonde par une gaine de propreté à usage unique, de changer de gaine entre deux patients et de vérifier, par un examen visuel, l’absence de salissure ou de rupture de la gaine  puis, si l’examen est négatif, d’essuyer simplement la sonde avec une lingette imprégnée de détergent - désinfectant. Si des salissures ( ou bactéries ?) sont constatées visuellement une désinfection par immersion reste recommandée.
Bien entendu, il restera le choix pour chaque praticien de pouvoir  continuer à appliquer la   procédure par immersion dans un bac de désinfectant chimique systématiquement.  Mais l’immersion dans un bain chimique a ses contraintes ; elle est moins rentable ; elle nécessite un temps plus long entre deux patients ou patientes, et à terme, surtout quand elle est mal pratiquée, elle peut abîmer la sonde ; c’est pourquoi, il y a beaucoup de chances pour que l’alternative par  essuyage avec lingette imprégnée de détergent – désinfectant, rencontre un plein succès et supplante la procédure de désinfection dite de niveau intermédiaire  actuellement recommandée dans  les autres pays de l’union européenne et par le CDC – USA.

Cependant, aucun patient ne saurait être mis en danger pour des questions économiques.

En l’absence d’étude scientifiquement reconnue sur l'alternative proposée,  le LIEN considère que rien ne permet d'affirmer aujourd'hui que la procédure gaine+ lingette imprégnée de détergent – désinfectant,  offre des garanties suffisantes contre les risques de contamination entre deux patients et qu'elle est de niveau équivalent à une DNI. La seule façon de s'en assurer serait de faire des études cliniques publiables.

Il existe cependant des alternatives au trempage dans un bain chimique considérées comme désinfection de niveau intermédiaire, non dégradantes pour les sondes, mais non reconnues par le HCSP ; elles ont aussi un « coût ». mais quel est le coût d'une contamination ?

Une réunion a eu lieu en novembre 2008 entre des membres du cabinet de madame la ministre et du conseil scientifique du LIEN au cours de laquelle il avait  été convenu de mettre en route très rapidement des études pour voir si l’alternative proposée (gaine+ essuyage par lingette désinfectante)  présentait un risque pour le patient. Cette proposition était considérée comme un minimum par le LIEN.

Les médecins du conseil scientifique du LIEN n’ayant eu aucune réponse depuis ce jour  et malgré plusieurs sollicitations auprès des chargés de l’étude, d’une part  et la FOOD and DRUG ADMINISTRATION USA  ayant depuis recommandé une nouvelle fois de maintenir une désinfection de niveau intermédiaire, d’autre part,  le LIEN s’inquiète et refuse que la reconnaissance de la  procédure gaine+lingette soit fondée sur l’absence de victimes identifiées.

Dire qu’il faudrait attendre de trouver des victimes pour mettre en cause une procédure revient à dire que l’on préfère faire prendre des risques au patient, et attendre que le risque soit avéré pour vérifier la pertinence d’une nouvelle procédure. C’est un raisonnement absurde et dangereux. Combien faudrait-il de victimes  au juste pour faire un scandale de santé publique ?

Tout acte de soins ou médical est soumis à l’épreuve de la réflexion bénéfice risque.  C’est pourquoi, étudier l’innocuité et la performance d’un médicament est une démarche obligatoire. Tout praticien qui utiliserait un médicament qui n’aurait pas fait l’objet de travaux de recherche et d’études démontrant sa performance, son innocuité et définissant son niveau de risque, serait immédiatement sanctionné par ses pairs mêmes.

Les patients sont en droit de se demander qu’est-ce qui légitime une procédure de soins qui échapperait aux règles de l’étude scientifique.

Que demande le LIEN ?

Le LIEN attend simplement que soient fournies des études sérieuses sur le risque infectieux de la nouvelle procédure proposée. C’est un problème d’éthique, avant même d’être juridique.

En outre, le LIEN demande que devienne obligatoire une traçabilité de la procédure de désinfection entre chaque patient, comme pour la désinfection des endoscopes, et que des contrôles de respect des procédures soient diligentés en cabinet médical et de radiologie de ville comme en médecine hospitalière.

RIEN de PLUS

Claude Rambaud - Présidente du LIEN  et Claude Franck - Biologiste, membre du conseil scientifique du LIEN

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